Afrique Opinion

UN EXPERT JUGE AKERE MUNA MEILLEUR CANDIDAT À L’ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE AU CAMEROUN

Madame Sadio,

J’ai récemment vu une de vos publications dans un groupe Facebook très populaire mais qui pourrait servir d’observatoire du bouillon de culture qu’est devenu en bonne partie le Cameroun. Face à l’agressivité quasi primale de vos contradicteurs, votre sérénité et votre pugnacité m’ont plu. Je me suis alors souvenu que quelques jours après l’annonce de la candidature de Akere Muna j’avais rapidement préparé un graphique Excel classant les présidentiables probables sur 12 critères. Vous le trouverez au format JPG (image) dans mon message. Je ne sais pas s’il vous servira en interne, mais vous en jugerez. Il en serait autrement dans la presse, mais l‘heure n’est peut être pas encore arrivée et certains points seraient certainement à polir. Ne cherchez pas Les Rubenistes 🙂

A mon avis Akere Muna est SUR LE PAPIER le candidat idéal, compte tenu des circonstances aussi bien conjoncturelles que structurelles (crises anglophone, institutionnelle, de gouvernance, économique, culturelle, tribale, générationnelle…). Il est une solide passerelle au dessus des clivages qui traversent le Cameroun ou le séparent de l’international. En un mot Akere Muna dispose d’un atout unique et capital qui est sa capacité potentielle à rassurer tous les corps sociaux, qui comptent, mêmes les plus antagonistes. Une fois qu’on l’a dit, il convient de convertir ce capital quasi exorbitant en moyens d’actions afin d’atteindre le plus efficacement les meilleurs objectifs possibles.

S’il n’y a pas grand-chose à redire sur les valeurs annoncées du projet, le principe d’une stratégie de terrain délocalisée, la prise de contact avec les Camerounais de l’étranger (diaspora dans votre vocabulaire), de régulières interventions dans les médias nationaux et internationaux, et l’implication des grandes puissances, des leaders africains et des organisations internationales, il se trouve qu’en dehors du dernier point tout le reste semble encore au stade des balbutiements, du rodage. Ayant assisté à la rencontre parisienne, j’ai été surpris par la salle, la sonorisation et le déroulement. Seule la convivialité a sauvé la soirée. Des images de rencontres suivantes laissent croire que les choses se sont améliorées. Mais se louper à Paris est embêtant. Par ailleurs, le projet annoncé pour février tarde encore à sortir sans explications ni délais. Sur ce point, le grand économiste annoncé à Paris a parlé de tout sauf d’économie. Cela pourrait susciter des inquiétudes sur ce pan du projet et des interrogations sur les autres. S’il est important d’associer des grands noms à la machine, il est indispensable de veiller à son bon fonctionnement. Je crains que certains intellectuels camerounais brillants en amphithéâtre ou dans les médias ne soient pas très productifs lorsqu’il s’agit de définir concrètement de nouvelles conditions d’existence et de développement du Cameroun avec ses contraintes nationales et internationales, ses moyens et son potentiel. Créer est un art qui s’apprend mal sur les bancs.

A ce propos, je suis surpris, voire choqué de la propension à présenter le fédéralisme comme la panacée des problèmes du Cameroun. On dirait que la crise anglophone a subitement balayé 30 ans de réflexion et de lutte contre la mal-gouvernance. Je crains que ne s’y cache en réalité des instincts tribaux et égoïstes inavouables. Qui de sérieux ne se doute pas qu’avec une gouvernance viable jamais cette crise n’aurait vu le jour ? Veut-on perpétuer les fléaux abjects du tribalisme et de la corruption partout en leur offrant de nouveaux outils ? Qui connaît la situation de notre grand voisin et celle où le Cameroun aurait dû être, ne serait-ce qu’avec la politique de Ahidjo, ne s’y risquerait que si fortement contraint. Je ne remets évidement pas en question la légitimité des revendications depuis Albert Mukong. Mais qui connaît l’histoire sait que cet illustre homme fut d’abord secrétaire du parti de Ndeh Ntumazah, One kamerun. Ce nom déjà en dit long sur son amour pour sa patrie et la frustration qui en a suivi. Je dis juste qu’il faut éviter de se perdre sur ce terrain en occultant l’essentiel. Insister sur la fameuse conférence ouverte à tous les acteurs et appelée par beaucoup devrait suffire à calmer les ardeurs.

Concernant la communication dans les médias, je suis surpris que Akere Muna reste encore imprécis sur des points clés simples, n’anticipe pas les objections récurrentes, utilise régulièrement le conditionnel, balbutie souvent. Je pense que tout cela devrait être parfaitement huilé aujourd’hui. Il faut rassurer son auditoire et transmettre des convictions d’autant plus que l’on s’adresse à des prescripteurs de niveau 1,2 ou 3. Cela signifie que le message sera nécessairement dégradé à l’arrivée au destinataire final. L’information minimale décisionnelle doit pourtant absolument lui parvenir. Je comprends bien que la situation est (très) complexe et que tout ne peut pas être dit. Mais même cela doit être géré par des formules ne laissant pas une impression de flottement, d’improvisation ou de gêne.

Akere Muna est avocat. C’est bien la profession de la maîtrise de la procédure, du dossier et de la rhétorique par excellence. Cette capacité à parler à l’individu et à la foule en même temps pour susciter l’intérêt, entraîner l’adhésion, ancrer la conviction afin de remporter la décision. Les exemples de tribuns sont légions de Quintilien à Obama en passant par Martin Luther King dont j’ai encore suivi récemment une extraordinaire vidéo.

Je vous prie de m’excuser pour la tonalité parfois de donneur de leçons (il n’y a aucune malveillance) et la longueur fleuve que j’arrête d’ailleurs un peu contraint. Bravo et merci pour votre engagement et vos efforts.

Kamerunaisement votre (comme signait qui vous savez)

Serge Mbass

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