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UN PRÉSIDENT AFRICAIN ACCUSE LA FRANCE ET LES PUISSANCES OCCIDENTALES D’ÊTRE RESPONSABLES DU TERRORISME EN AFRIQUE

Alors qu’il dirige l’un des pays les plus pauvres du monde, son discours lors du  panel à Paris sur la Sécurité et le Développement au Sahel, a fait un grand écho. Il a dit tout haut à la France ce que les chefs d’État d’Afrique francophone n’osent jamais faire. Tout en demandant à la  communauté internationale doit marquer sa solidarité avec les pays du Sahel et du bassin Lac Tchad,  le Président nigérien  Issoufou Mahamadou, a pointé du doigt le rôle de la France et de la communauté internationale dans le renversement de Kadhafi, la déstabilisation de la Libye, et la prolifération du terrorisme en Afrique.

Le Président de la République du Niger, Issoufou Mahamadou a fait à Paris, l’évaluation de la situation sécuritaire au Sahel et évoqué la liaison entre sécurité et développement.

Lors d’un panel de haut niveau sur la Sécurité et le Développement au Sahel, ayant regroupé également les Présidents tchadien  Idriss Deby Itno et malien  Ibrahim Boubacar Keita, le Chef de l’Etat  du Niger a noté que chaque fois qu’on parle du terrorisme, on pense à ses causes profondes dont la pauvreté.

En réalité, la pauvreté, c’est un peu le carburant qui entretient l’incendie, qui entretient le terrorisme, a dit SEM Issoufou Mahamadou, précisant qu’avant, il a fallu une étincelle pour allumer le feu, pour allumer l’incendie.

Le terrorisme islamiste, moderne, tel qu’on le connait aujourd’hui est né en Afghanistan au début des années 90, a rappelé le Chef de l’Etat.

Le terrorisme d’aujourd’hui est un peu une conséquence de la guerre froide qu’on a vécue avant la chute du mur de Berlin, a-t-il poursuivi.

L’étincelle était partie de là, et l’incendie n’a pas été éteint depuis, a-t-il expliqué.

Par la suite, la chute de Sadam Hussein a eu pour conséquence la naissance de l’Etat islamique. Et puis, il y a eu le Sahel qui est aujourd’hui victime du terrorisme, ce qui est une conséquence de la chute de Kadhafi.

« Donc, le terrorisme est à mettre en liaison avec la gouvernance politique mondiale et nous pensons que cette gouvernance n’est pas démocratique. Les décisions prises ont une incidence sur nous. C’est le cas de ce qui s’est passé en Libye alors qu’on a mis en garde que la situation dans ce pays allait aboutir à la disparition à de l’Etat libyen et frayer le chemin au terrorisme. Et c’est ce qui s’est passé aujourd’hui », a souligné le Président de la République.

Après la chute de Kadhafi, les armes, pillées en Libye, circulent dans le Sahel, entre les mains des terroristes, a rappelé le Chef de l’Etat.

« La communauté internationale a une responsabilité dans ce qui se dans le Sahel et malheureusement on ne sent pas la solidarité de la communauté internationale », a-t-il affirmé.

Evoquant les efforts fournis dans la région, SEM Issoufou Mahamadou a indiqué que « nos pays ont décidé de combattre d’abord séparément le terrorisme, puis de mutualiser leurs capacités au niveau du bassin du lac Tchad avec la Force Mixte Multinationale (qui combat Boko Haram) et ensuite, dans le Sahel, avec la Force Conjointe du G5 Sahel ».

« Nous avons mutualisé nos capacités et avons lancé un appel à la Communauté internationale pour qu’elle soutienne ces différentes forces conjointes qui se battent pour la paix, la sécurité, non seulement pour notre propre sécurité mais pour la sécurité mondiale », a-t-il expliqué.

La sécurité est un bien public mondial, et normalement dans l’instauration de la sécurité, la communauté internationale doit se mobiliser, a-t-il insisté.

« Mais on ne sent pas cette solidarité de la communauté internationale qui a ses regards ailleurs alors qu’elle est responsable de ce qui s’est passé en Libye », a-t-il dit.

Le président nigérien a rappelé avoir demandé avec ses homologues  que la Force du G5 Sahel soit placée sous le chapitre 7 de la Charte des Nations Unies. Mais, celà leur  a été refusé.

« Nous avons demandé que le mandat de la MINUSMA soit changé » pour que cette mission onusienne de maintien de la paix au Mali  puisse avoir un mandat offensif pour combattre le terrorisme. Cela aussi nous a été refusé », a-t-il poursuivi.

La MINUSMA a, pour l’instant, un mandat pour maintenir la paix dans une région où c’est la guerre qui est à l’ordre du jour, a-t-il déploré.

« En février 2018 à Bruxelles, alors que j’étais Président du G5 Sahel, nous avions tenu une réunion pour mobiliser les ressources qui permettraient de rendre cette force opérationnelle, mais jusqu’ici, on n’a pas ces ressources », a déclaré  Issoufou Mahamadou.

« On nous a promis 423 millions d’euros. Aujourd’hui, nous avons transmis, pour les équipements de la Force Conjointe, près de 40 requêtes dont seules dix ont été traitées et à peine quatre sont satisfaites ou en voie de l’être », a-t-il indiqué.

Dans ces conditions, la Force Conjointe ne peut pas être opérationnelle, a-t-il conclu.

« La communauté internationale doit marquer sa solidarité avec les pays du Sahel et ceux du bassin Lac Tchad sinon le cancer va s’étendre plus au sud, il va métastaser. Et c’est déjà en cours », a-t-il estimé.

« On dit : pour avoir la paix, il faut de bonnes armes. Il fut aussi de bonnes lois », a indiqué le chef d’État nigérien.

« Nous avons une bonne stratégie, mais ce sont les moyens de mise en œuvre de cette stratégie qui manquent », a affirmé le Chef de l’Etat. .

« Nous avons une stratégie. Nous avons une vision. Mais nous manquons de moyens pour mettre en œuvre cette vision et cette stratégie », a-t-il insisté.

Par rapport à la gouvernance politique mondiale,  Issoufou Mahamadou a précisé qu’il faut reformer le Conseil de sécurité, doter l’Afrique de membres permanents et non permanents au niveau de ce conseil.

Issoufou Mahamadou a souligné que l’Afrique a une vision, une stratégie, à savoir l’Agenda 2063 avec beaucoup de plans et de projets dont la ZLECaf et le plan de l’industrialisation.

Aujourd’hui, les africains veulent le commerce et les investissements directs étrangers. Ils veulent moins d’aide publique au développement, qui est une goutte d’eau dans les besoins de développement de l’Afrique, a ajouté le Président Issoufou Mahamadou.

« Pour réaliser les Objectifs de Développement Durable(ODD), il nous faut 60 milliards chaque année d’ici 2030 », a-t-il indiqué.

Or l’aide publique au développement en 2017 était de 61 milliards, ce qui ne permet pas de réaliser les ODD d’ici à 2030, a-t-il dénoncé .

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