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COMMENT AHMADOU AHIDJO A CONSTRUIT LE PALAIS ETOUDI SANS LA FRANCE

Lorsque le président Ahmadou Ahidjo , reçoit en grande pompe son homologue français , le président Valéry Giscard d’Estaing , en fevrier 1979, ce dernier est au courant de son projet de doter son pays d’une nouvelle résidence de chef de l’État , qui sera en même temps , son lieu de travail et d’habitation .

Le président français , qui est alors très copain avec le roi du Maroc , sa majesté Hassan II , a été mis dans le secret des dieux par le souverain chérifien , d’autant plus que l’architecte qui s’occupe de la réalisation du projet est lui-même un sujet marocain .

On estime le coût de l’édifice à environ 250 milliards de francs CFA de l’époque .

Alors , dès leur premier tête à tête Valéry -Giscard d’Estaing s’en ouvre au Grand -Camarade , et s’étonne de l’opportunité et même de l’utilité d’un tel projet , ce d’autant que l’ancienne résidence des gouverneurs coloniaux , qu’occupait à présent le chef de l’Etat camerounais , depuis transformée en musée , était en parfait état ! Par ailleurs , 1979 c’était l’année du deuxième choc pétrolier dont personne ne pouvait prédire avec exactitude l’issue.

À toutes ces interrogations , qui étaient en réalité des reproches rentrés à peine voilés , le Grand -Camarade va répondre ce qui suit :  » Je crois , et vous l’aurez Monsieur le Président remarqué , à travers l’extraordinaire et formidable accueil qu’ils vous ont réservé, que les camerounais aiment la grandeur . Un des meilleurs traits de caractère des camerounais , réside dans leur aspiration aux grandes ambitions et grands projets . Quand on leur en prive , ils se rebuffent , deviennent vaniteux et réfractaires à toute forme d’autorité . Alors , me reprocheriez -vous Monsieur le Président , de succomber aux mêmes travers que mes concitoyens en éprouvant le besoin d’aimer et d’apprécier ce qui est bien et grand ? Oui , ça va coûter de l’argent , beaucoup d’argent sans doute , mais qu’est-ce quelques millions de dollars face au prestige du cameroun ? Sûrement une broutille par rapport au coût gigantesque de Versailles jadis , y compris en vies humaines …  »

– Valéry-Giscard d’Estaing : – Je constate Monsieur le Président que vous possédez une forte maîtrise de l’histoire des frasques et affres de la monarchie française !  »

Toujours au sujet de ce palais , dont la France, on peut bien se demander en vertu de quoi , voyait mal l’utilité , Guy Penne , conseiller pour les affaires africaines de François Mitterrand entre 1981 et 1986, avant d’être sénateur des français de l’étranger , écrit dans ses mémoires :  » On reprochait aux chefs d’État africains , de diriger leur pays en monarques absolus , avec l’aide d’un parti unique ou en s’appuyant sur l’armée et de gaspiller les ressources de leur pays en multipliant les dépenses somptuaires . Certains estimaient même que leur fortune , déposée sur des comptes bancaires en Suisse ou dans d’autres paradis fiscaux , équivalait à la dette extérieure de leur pays , et l’on énumérait complaisamment les propriétés qu’ils avaient acquises à l’étranger …C’était notamment le cas du président Mobutu du Zaïre , avec sa villa sur la Côte d’Azur , ses domaines en Belgique , ses hôtels en Suisse , son appartement sur la plus luxueuse avenue de Paris .

Dans leur pays même , plusieurs de ces présidents avaient fait construire des palais dont le luxe était dénoncé par les opposants au régime , comme celui de Gbadolite au Zaïre , dans la province natale du chef de l’État zaïrois .

Rares étaient ceux auxquels on reconnaissait une gestion rigoureuse des deniers de l’État : c’était pourtant plus ou moins le cas du président Ahmadou Ahidjo au Cameroun ( qui par ailleurs , avait la main plutôt lourde envers les opposants ) , et c’était en tout cas l’avis du gouverneur de la France d’outre-mer (FOM) Lous San Marco , qui ne manquait pas de souligner qu’Ahidjo avait placé hors budget les recettes pétrolières du pays , au demeurant limitées , pour éviter le gaspillage . Toujours est-il dit que le président Ahidjo fut , à ma connaissance , l’un des derniers chefs d’État africains à se faire construire un palais , sur une colline entourant Yaoundé , un énorme complexe abritant aussi les bureaux de la présidence . Sa démission en 1982 fit qu’il ne l’occupa jamais , ce fut Paul Biya , son successeur , qui s’y installa .  »

Mais Guy Penne prend bien le soin , de ne pas dire qu’il fut de ceux qui complotèrent , pour écarter le Grand -Camarade …

Jean-Pierre Du Pont

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