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AHIDJO, PÈRE DE LA NATION CAMEROUNAISE, FÊTE SON 96 ÈME ANNIVERSAIRE DANS UN CIMETIÈRE AU SÉNÉGAL

Premier président du Cameroun, Ahmadou Ahidjo aurait fêté ses 96 ans le 24 août  2018 s’il aurait décidé de rester au pouvoir. On serait entrain de chanter durant des semaines  les hymnes à la gloire du patriarche sur toute l’étendue du territoire national en sa qualité de père de la nation camerounaise.

Né le 24 août 1922 à Nassarao, près de Garoua, dans la région du  Nord du Cameroun),  c’est en 1941 qu’ Ahmadou Babatoura  Ahidjo, après seulement  deux ans de formation à l’école primaire supérieure de Yaoundé, est recruté à la Poste avant d’être  affecté à Douala. Entré en politique en 1947 avec en tout et pour tout comme diplôme qu’un certificat d’école primaire , Ahidjo est élu délégué de la Bénoué à l’Assemblée territoriale. Autodidacte et brilant, il devient conseiller de l’Union française en 1953, réussit à accéder  à la présidence de l’Assemblée territoriale en 1956, puis crée le Mouvement pour l’évolution du Nord-Cameroun.

En 1957, le Cameroun devient un État sous tutelle, avec André-Marie Mbida comme Premier ministre et Ahidjo comme vice-Premier ministre. Mais le pays est en proie à  l’insurrection des nationalistes de l’Union des populations du Cameroun (UPC) qui revendiquent l’indépendance. L’armée française massacre  les indépendantistes , éjecte Mbida. Devenu Premier ministre, Ahmadou Ahidjo proclame l’indépendance du Cameroun  le 1er janvier 1960. Le 5 mai 1960, il est élu  président de la République.

Le premier acte que pose Ahmadou Ahidjo est la réconciliation et le pardon pour la consolidation de la nation afin d’éteindre les flammes sous les cendres de la guerre civile. Ainsi, il proclame l’amnistie générale et inconditionnelle pour tous les combattants qui acceptent de quitter la rébellion armée. C’est son sens du dialogue qui va favoriser la réunification des deux Cameroun par référendum.

Le Dr Foncha, leader du parti majoritaire  KNDP dans la partie méridionale du territoire administrée par le Royaume-Uni, se met d’accord avec Ahidjo  pour donner à l’État camerounais la forme d’un État fédéral. Toutefois, chacun des deux Etats fédérés a  une certaine autonomie politique tout en affirmant l’unité de la République fédérale, selon la Constitution fédérale du 1er septembre 1961. Mais Ahidjo  a une autre idée derrière dans la tête et ne va pas s’arrêter là .

En effet, le président Ahidjo va proposer  au corps électoral, par voie de référendum, de transformer l’État fédéral en État unitaire, dans le but, dit-il, de “consolider l’unité nationale “. Cette proposition est approuvée, le 20 mai 1972, par trois millions cent soixante-dix-sept mille huit cent quarante-six électeurs, sur trois millions deux cent trente-six mille deux cent quatre-vingts inscrits et trois millions cent soixante-dix-neuf six cent trente-quatre votants. C’est ainsi que la Constitution du 20 mai 1972, adoptée par voie de référendum, proclame “une seule et même nation “. L’article 1er stipule que “la République unie du Cameroun est une et indivisible”. Par voie de conséquence, les institutions politiques des deux anciens États fédérés disparaissent. Ahidjo est désigné par la Constitution comme président de la République unie du Cameroun, puisqu’il “assure l’unité de l’Etat ” (art. 5) et qu’il en est ainsi le symbole vivant.

Ahidjo entre dans l’histoire le 4 novembre 1982 en passant  le flambeau, sans effusion de sang à son Premier ministre Paul Biya qui lui, n’avait ni parti politique, et n’avait jamais brigué un mandat électif. Le Cameroun est en paix, sans guerre contre les anglophones, ni tribalisme et népotisme . Mais Ahidjo  garde la présidence de son parti UNC qu’il avait créé . Biya ne supporte pas ça . Moins d’un an seulement après son accession au pouvoir, Biya limoge du gouvernement tous les proches de l’ancien président  qui quitte le pays dans un vol commercial  en juillet 1983 et s’installe en France. La chasse aux sorcières est lancée.

Un mois plus tard, Paul Biya complote avec le général Pierre Semengue et  annonce la découverte d’un complot qu’aurait instigué Ahidjo. En février 1984, au terme du procès des putschistes , plusieurs hauts gradés de l’armée proches d’Ahidjo, sont exécutés. L’ancien président, jugé sans avocat dans un tribunal militaire ,  est condamné à mort par contumace et est contraint à l’exil. Sans pension pour survivre avec sa famille , les quelques biens qu’il détenait sont aussi  saisis.

Pour détruire le dernier héritage de son prédécesseur, Biya s’attaque à la Constitution de l’État unitaire de 1972  en signant  le décret  N°84/001 du 4 février 1984 à travers lequel il crée la République du Cameroun. En réalité, il a formalisé la sécession. Le Southern Cameroon avait  rejoint la République du Cameroun pour former la République Fédérale du Cameroun. Du moment où on quitte de la République fédérale à la République  Unie du Cameroun pour encore revenir à la République du Cameroun de 1960,   d’après le droit international, les deux Etats s’éteignent, il y a divorce ou sécession. Et c’est donc à partir de ce moment que les violences ont commencé dans les régions anglophones. Les étudiants avaient brûlé des édifices, mis le feu sur le poste de gendarmerie de Bangwa, attaqué  la Brigade Mixte Mobile devenue Délégation générale de la recherche extérieure( DGRE), pour exiger la libération des leaders anglophones qui revendiquaient déjà la sécession  en 1985. C’est donc Biya qui a mis le feu aux poudres de la sécession en supprimant l’unité nationale. C’est lui qui est le vrai créateur de l’Ambazonie.

Mis au courant du sabotage de son héritage, Ahmadou Ahidjo entre dans des colères récurrentes à chaque mauvaise nouvelle des menaces de guerre civile dans un pays qu’il avait réussi à pacifier . Sa santé en pâtit. Ses bras sont paralysés. Il perd l’appétit chaque fois qu’on évoque son pays qui va au fond du précipice.  Ahidjo est foudroyé d’une crise cardiaque le 30 novembre 1989 dans sa maison à Dakar, et meurt seulement  7 ans après avoir quitté le pouvoir . Le chef d’État sénégalais Abdou Diouf informe Paul Biya pour le rapatriement du corps. Il ne répond plus. Le corps du Père de la nation camerounaise est inhumé dans un cimetière communautaire à Dakar, sans un seul représentant de l’ambassadeur ou du gouvernement camerounais. Jusqu’à ce jour, le corps du premier président camerounais, père de l’unité, n’a toujours pas été rapatrié dans un  Cameroun totalement divisé , faute d’autorisation de Paul Biya, un guerrier rancunier  à qui il a offert gratuitement un beau pays sur un plateau d’argent . Comme le disait Alexandre Dumas en 1852: 《 il y a des services si grands qu’on ne peut payer que par l’ingratitude 》.

J. RÉMY NGONO

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