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31 ANS APRÈS L’ASSASSINAT DE SANKARA: LE FILM ET SON OEUVRE

Il y a exactement 31 ans, le 15 octobre 1987, Thomas Sankara , Président et père de la révolution burkinabè, était assassiné par les hommes de Blaise Compaoré .

16 h 35, alors que venait de commencer une réunion dans une villa servant du Conseil de l’ Entente, survient un vrombissement d’échappement, puis des crépitements de kalachnikovs. Les quatre gardes du corps postés à l’ exterieur sont abattus par un commando sans avoir eu le temps de réagir. Premier acte.
Une voix tonne et ordonne : 《 sortez tous!》. Sankara , vêtu d’un tee- shirt blanc et d’un jogging rouge se lève, jette un regard vers ses collaborateurs autour de la table et leur dit: 《 Ne sortez pas! C’est moi qu’ils veulent 》. Laissant son pistolet automatique sur la table, les bras posés sur la tête, il se dirige vers la porte. À peine sorti, les crépitements de kalachnikovs retentissent. Les balles perforent sa tête et sa poitrine. Il avait à peine dépassé 38 ans. Marié à Mariam et père de deux enfants .Deuxième acte.

Hamidou Maïga, chauffeur et garde du corps de Compaoré  fait irruption dans la salle et intime l’ordre que tous les collaborateurs de Sankara  sortent. Tour à tour, ils sont transpercés de balles alors qu’aucun ne détient une arme. 13 corps gisent. Un seul rescapé. Troisième acte.

Blaise Compaoré  arrive sur le lieu du carnage et s’ entretient avec le chef commando, Hyacinthe Kafando. Un camion citerne arrive pour nettoyer le sang. Puis le cadavre de Sankara  et ses collaborateurs sont transportés comme de simples gibiers. Un chef d’État, de surcroît militaire, compagnon d’armes et ami intime de Compaoré, qui a même  été son témoin de mariage, est enterré en pleine nuit sans honneurs, ni cercueil, par des prisonniers. Quatrième acte.

Un médecin qui établit un acte de décès ” mort naturelle “. Personne n’est condamné. Compaoré  et Kafando sabrent le champagne. Devenu chef d’État, Blaise Compaoré va justifier l’assassinat de Thomas Sankara en déclarant: 《 Il s’agissait de mettre fin à un régime militaro-fasciste》. Cinquième acte.

Après avoir fait fuir Compaoré en Côte d’Ivoire après sa chute, la France refuse d’ ouvrir ses archives à la justice pour maintenir le flou dans ses dossiers noirs. Le chef d’État- major Gilbert Dienderé qui a arrêté joue à la comédie d’avoir perdu sa mémoire. Sixième acte.

Mais on n’ effacera jamais cette histoire des  mémoires. On n’effacera pas l’oeuvre de Thomas Sankara qui a réalisé des oeuvres inoubliables en trois ans de pouvoir.

Le premier combat de Sankara a été  la lutte contre la désertification. En 15 mois, 10 millions d’arbres ont été plantés. Il a stoppé  la coupe abusive des boiset feux du brousses.

Deuxième combat, la santé. Il a fait  vacciner 2 millions ½ de Burkinabè, ce qui a permis d’éradiquer la polio, la rougeole et la méningite. Le taux de mortalité infantile a dégringolé  alors qu’il était le  plus haut d’Afrique avant l’arrivée de Sankara.

Troisième combat,  l’émancipation de la femme dans la société. Son épouse en était l’exemple, allant au travail chaque matin pour accomplir ses missions d’infirmière. Au travail, la femme burkinabè est traitée au même titre que l’homme, sur les droits et devoirs. Sankara a aussi entrepris la lutte contre l’excision.

Quatrième combat, le refus des aides alimentaires. Selon Sankara ces aides sont des mécanismes de paresse et déresponsabilisation:  《 Nous encourageons l’aide qui nous aide à nous passer de l’aide. Mais en général la politique d’assistance et d’aide n’aboutit qu’à nous désorganiser, à nous asservir et à nous déresponsabiliser. Quand vous mangez les grains de mil, de maïs et de riz importés, c’est ça l’impérialisme》, fustigeait Thomas Sankara. Et en 3 ans, son pays est sorti de l’assistanat et de l’insécurité alimentaire.

Cinquième combat, l’eau pour tous au lieu du champagne pour quelques uns. Thomas Sankara a lancé  la construction des barrages, des retenues d’eau et d’autres grands chantiers.

Sixième combat, la dette. Thomas Sankara a dit non à la dette aux institutions internationales à Addis ababa en déclarant: 《La dette est une reconquête savamment organisée de l’Afrique, (…) pour que chacun de nous devienne l’esclave financier》.

Et c’est juste quelques jours après ce discours sur la dette que Thomas Sankara a été assassiné par les hommes de Blaise Compaoré avec la complicité de la France. Thomas Sankara est mort, mais des millions de Sankara sont nés, et ce sont eux qui ont chassé Blaise Compaoré. Et beaucoup de millions de jeunes Africains sont désormais décidés à se débarrasser des dirigeants  pantins africains soumis aux ordres des puissances impérialistes. Comme le disait Thomas Sankara: 《La patrie ou mort, nous vaincrons》.

J. RÉMY NGONO

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